dimanche 19 mars 2017

Christophe Siébert a la rage !


« J’ai cessé d’aimer les gens car ils disaient du mal de Philippe K. Dick. »
 

Christophe SiébertEn 2014, j’ai rédigé un long article sur la poésie de Christophe Siébert et son excellent premier recueil Poésie portable : « Christophe Siébert, l’ensauvagé » 

Que l'on considère cette poésie comme une  poésie « trash » ou que Christophe Siébert, lui-même, se définisse comme « un prolétaire de la littérature » empêche qu’on reconnaisse cet auteur à sa juste valeur… celle d'un véritable écrivain à découvrir autant qu'une Virginie Despentes ou que le sulfureux Pierre Bourgeade (1927-2009).

Je trouve cette poésie non consensuelle, percutante et très personnelle. J'imagine bien Christophe Siébert se dorer la coigne entre Bukowski et Houellebecq, ou buvant un coup avec Marlène Tissot et Vincent Ravalec. Sa poésie se situe d'ailleurs en marge des conventions, des réseaux et des grands poètes autoproclamés par quelques-uns ; cela aussi me ravit, je dois le dire, de plus en plus.

Toutes ces raisons suffisent-elles à faire un bon auteur ? Non, bien sûr.

Christophe Siébert découper l'univers poésie
Mais Christophe Siébert, lui, en est un et sa poésie - dont certains se détournent pour d’injustes raisons – détonne et doit absolument être découverte et lue dans sa globalité.

Paru en 2015 aux éditions Gros Textes, son second recueil (largement négligé par la critique poétique) s’appelle Découper l’Univers Le mettre dans des boites Reculer de vingt pas Épauler son fusil Et tirer sur les boites et contient de superbes illustrations de Lilas et Super Détergent.

Christophe Siébert y décoche des textes intraitables, prémonitoires, noirs et profonds, non exempts de dérision et d'autodérision non plus, comme dans les deux poèmes choisis pages 8 et 43 du dit recueil :

 

Ça va bientôt être la saison des coquelicots, par ici. À moins, je ne sais pas, que le temps pourri d’avril ne leur ait coupé l’herbe sous les pieds.
La meilleure occasion de les observer c’est en allant à Intermarché. Il faut quitter le village, traverser la voie ferrée désaffectée et longer la départementale un moment. La luminosité du ciel au bleu presque blanc, insoutenable, fait éclater le contraste entre le rouge vif des fleurs et le vert tendre de l’herbe. Ça donne envie de s’arrêter de marcher pour laisser les couleurs faire vibrer la rétine. Ça donne envie d’écouter les insectes vrombir et passer les voitures, de se dire que la vie est formidable, d’acheter de la viande et un très bon whisky. Ça donne envie de fumer des cigares après les avoir longuement reniflés. Ça donne envie de marcher sur cette route en faisant comme si elle ne menait nulle part.
Dans d’autres parties du monde il y en a qui bouclent sur leur ventre des ceintures d’explosifs et s’apprêtent à se faire sauter pour démontrer qu’ils ont raison. 
Dans d’autres parties du monde il y en a qui s’interrogent sur ce qu’il est permis d’écrire ou pas en poésie et selon quelles règles ça doit l’être.
Et pendant ce temps, à Intermarché où il va bien falloir se rendre, les caissières à l’horizon bouché par le passage incessant des cons et de leurs tonnes de bouffe ignorent tout des coquelicots et du ciel aveuglant.

 *

Étudier le monde qui s’écroule et se réjouir. Quelque chose dans l’air et dans certains regards, des signes et dans les rues comme un odeur de plastique cramé et d’apocalypse, vous sentez pas ? C’est un peu plus fort chaque jour et nous sommes de sacrés privilégiés d’assister à ce truc, la dernière fois qu’un monde a sombré c’était y a quinze siècles.
Se laisser porter par cette ambiance de haine, cette arrière-plan de rancœur, observer ses poils qui se dressent, l’électricité, la tension qui cherche la note juste, se laisser séduire, apprendre à reconnaitre l’odeur de la colère et celle de la trouille.
Apprendre la méfiance en marchant dans les rues, en montant dans le bus, apprendre la méfiance à minuit dans les gares, apprendre à se tenir à carreau et à baisser les yeux, apprendre l’égoïsme et la lâcheté, se découvrir doué pour ça.
Comprendre au fond de soi que cette fin du monde est une bonne chose, pigé intuitivement qu’on fait partie de l’ancien monde, de ce qui doit être détruit, pigé intuitivement que la force de vie bouillonne chez les barbares, que le sens de l’histoire est dans leur nihilisme, comprendre au fond de soi qu’être périmé dans un monde périmé n’est pas bien grave. Profiter du spectacle. Des flammes à sa fenêtre. Jouir du sang dans les rues. Anticiper le jour où le sien coulera. Se prendre pour Néron. Mais un Néron moderne, un Néron mou et pâle, un Néron avachi qui lit les faits divers, un Néron un peu rance qui lit Télérama.

 

Son dernier livre de nouvelles, Porcherie, est paru chez Les Crocs Électriques début 2017.

Le 22 février dernier, Christophe Siébert était invité sur radio Nova Planet pour parler de son travail et lire des extraits de ce livre. Le PODCAST de l'émission

Le site de Christophe Siébert


Les éditions Gros Textes

mercredi 15 mars 2017

Des nouvelles du feu


Depuis plus d'une semaine, j’ai mis le blog en veilleuse. Pas étonnant  !
 
  • Je viens de rédiger un portait-souvenirs suite à la disparition du poète Louis-François Delisse (1931-2017) qui paraîtra dans la revue Poezibao avec d’autres contributions. L'ensemble sera chapeauté par Laurent Albarracin, poète et critique.

  • Daniel Fanod'écrire un article sur ma rencontre avec le poète belge, Daniel Fano, à Bruxelles, en juillet 2012, qui rejoindra dans un fichier d’autres portraits de poètes du même acabit.
  • d'envoyer quelques textes à la revue Bacchanales pour un futur numéro consacré à la thématique « Poésie et Sport ».
  • 2 plaquettes aux microéditions La Porte depuis novembre 2016.

    En retour, même pas la décence d'un mail automati qui prendrait 2 secondes. Je suggère par exemple :
     
    Bien reçu. Merci. On ne donnera pas suite.
    Bien reçu. Merci mais ce n'est pas d'la poésie.

    Bien reçu. Merci. On ne publie plus de recueil avant 2099. 
    Bien reçu. Merci. On vous emmerde.
  • Je dois encore terminer une prochaine note de lecture pour la revue eulalie du CRLL Nord-Pas-de-Calais et envisage d'envoyer 1 ou 2 poèmes au  format « accordéon » pour les éditions Les Venterniers.
  • Enfin, pour toutes celles et ceux qui habitent le Grand Nord, je vous informe en avant-première de la 4e édition de lectures-rencontres poétiques de la Médiathèque départementale du Nord qui auront lieu les 29 et 30 septembre prochains avec une belle programmation !

    Évidemment, à côté de ça, à 45 ans passés, on a une vie de famille, on bosse à plein temps, on fait du sport, on envoie des mémails et on répond consciencieusement à chaque commentaire du blog.
    (sauf si on m'envoie sa soupe de poèmes auto-édités ou nuls à chier ou qu'on a, pire, le culot de me dire : je vous envoie mon livre contre une chronique !)

    Puis
    , de 21h à 1h du mat, on lit et on écrit sur la poésie des autres (ce qui n'est pas si courant que cela finalement) avant de penser à son petit nombril usé.

     

dimanche 5 mars 2017

Culs nus vs Textiles (Le grand combat)


En France, vendredi 26 août dernier, une bagarre générale a éclaté sur une plage de la Teste (près d’Arcachon) en Gironde entre « textiles » et naturistes. Ces derniers accusant notamment les premiers d’être trop regardants et de les avoir insultés. Ce qui a dégénéré… Mais on ne sait pas si comme dans la célèbre chanson « Hécatombe » de Brassens, les parties intimes des différents protagonistes de l’histoire ont été malmenées ou non ?


vendredi 3 mars 2017

François-Xavier Farine, poète énervé


un-nouveau-monde-yves-di-manno
J'espère qu'Un Nouveau monde d'Yves di Manno & Isabelle Garron, énième nouvelle anthologie de poésie, ne va pas encore m'énerver, ouvrage volumineux de 1536 pages qui se targue encore (après tant d’autres) de « venir combler une étrange lacune et de proposer pour la première fois un large panorama des écritures de poésie en France depuis 1960, tenant compte de leur remarquable diversité »…

Alors, ben dis donc, c’est chouette ça comme programme !?

Mais je formule déjà le vœu qu’on n’y retrouve surtout pas uniquement des poètes édités chez Flammarion ou les vieux poètes habituels, connus depuis 40 à 50 ans maintenant au sein de la confrérie et qu'elle va, enfin et surtout, oser prospecter un peu plus haut que le péage de Saint-Arnoux-en-Yvelines !

On verra bien... j’ai de sérieux doutes mais je vous tiendrai au courant de toute façon.

En attendant, je vous conseille plutôt, à un moindre prix, l’essai Au tournant
Au tournant du siècle Jean-Luc Maxence
du siècle : regard critique sur la poésie française contemporaine (2014) de Jean-Luc Maxence (17 € ou 9,99 € au format e-pub) avec une couverture ‘achement plus artistique et moderne, où l’auteur à la triple casquette de critique, poète et de directeur des éditions du Nouvel Athanor a osé mettre des jeunes qu’on aime et qu’on suit déjà depuis perpét’ comme Guillaume Siaudeau, Thomas Vinau ou Murièle Modély.

Chapeau bas et poisson volant *

En ce moment, je tire particulièrement  mon chapeau à plusieurs poètes qui sont apparus en plein dans le mille de de ma cible poétique et qui me ravissent énormément parce qu’ils ont, pour la plupart, bousculé mes « certitudes » en matière de poésie.

Ce qui est particulièrement rassurant !

Ils ou elles se nomment Heptanes Fraxion, Grégoire Damon, Simon Allonneau, Perrin Langda, Pénélope Corps, Sammy Sapin, Estelle Fenzy et Emanuel Campo.

Merci à eux !

* Belle expression empruntée à un mail du poète Jean Marc Flahaut.