mercredi 11 octobre 2017

Pauvres Boris Vian et Raymond Queneau !


Ce matin, en préparant une commande poésie dans le cadre professionnel, je découvre que tous les livres de Boris Vian (poèmes, nouvelles et romans) sont tous épuisés en collection 10/18.



Pour les recueils de poésie de Raymond Queneau (mis à part Cent mille milliards de poèmes et La Pléiade, volume 1. à 65 € chez Gallimard), c’est pareil.


« Si tu t’imagines xa va xa va xa… va durer toujours la saison des
z ‘A, Raymond, en poésie, ce que tu te goures… »




Et j'observe dans le même temps que Jean-Pierre Siméon va être publié dans la collection de poche « Poésie Gallimard », le 16 novembre prochain.

Les bras m’en tombent !

Des grands poètes comme Daniel Biga, Pierre Tilman, Jean L’Anselme (1919-2012) (plus de 40 recueils), François de Cornière n’y sont toujours pas, eux !


(Cette liste n'est pas exhaustive. Je vous laisse le soin de compléter la liste des Grands Oubliés, hommes et femmes des XXe et XXIe siècle.)

jeudi 5 octobre 2017

Inédits n°19

de Fanny CHIARELLO, née en 1974 :


fanny chiarello
Médiathèque d'Arnèke, 30 sept. 2017
 (© photo F-X Farine)



           Allocution à ceux de mes proches qui pensent pouvoir me dire qui
je suis, me désigner ma place sur terre et me laisser la vaisselle 

            eh, je ne suis pas une page blanche
            que vous puissiez emplir de vos
            élucubrations
            reposez-moi immédiatement


            Glory

            il fait zéro degré je cours en short
            les gens me regardent parce que je cours en short
            j’existe dans leurs yeux
            je vois leurs yeux entre les cache-nez les chapkas
            je me vois dans leurs yeux je vois mon short
            je le vois comme un plaisantin qui ferait signe
            à la caméra dans un flash spécial derrière
            l’épaule du journaliste compassé
            mon short me fait signe dans les yeux des gens
            je me sens moins seule je me sens divertissante
            un peu
            j’aimerais que les températures soient négatives
            pour exister encore plus en short pour
            qu’on me tende le micro dans sa bonnette de saison
            et si mes poumons gelaient
            comme c’est arrivé à d’autres dit-on
            du moins aurais-je connu la gloire
            en short un court instant


        
            Tondeuse


            quand on est seul

            on peut faire des trous sur le crâne à 23h
 

            avec la musique expérimentale un peu fort et personne ne dit

            que ce n'est pas de la musique

            ni qu'est-ce que c'est que ce trou sur le crâne

            on peut rire et pleurer en même temps sans devoir

            s'en expliquer le chat

            a l'habitude le chat aussi a perdu son compagnon

            le chat est seul aussi maintenant le chat

            comprend peut-être que quand les organes

            explosent et qu'on n'a pas la langue pas

            l'interlocuteur qui parle la langue on n'a d'autre

            choix que de sentir en silence et c'est

            amusant aussi un feu d'artifice solitaire

            à l'intérieur après tout pourquoi

            ne le serait-ce pas ?



(Début 2018, ces textes figureront dans le prochain recueil de Fanny Chiarello.)


Fanny CHIARELLO :
Née en 1974 à Béthune, Fanny Chiarello est lilloise d’adoption. Après avoir vécu à Arras et Liévin.
Elle a été lancée en région, au début des années 2000, par les éditions Page à Page puis a ensuite rejoint les éditions de l’Olivier. Plus connue comme romancière avec une quinzaine de romans adultes et jeunesse à son actif, dont le Prix Orange du Livre 2015 pour Dans son propre rôle, son œuvre poétique mérite tout autant d’être découverte.
Elle a publié deux extra recueils : La fin du chocolat (2006) et Je respire discrètement par le nez (2016) ainsi qu'un recueil de textes courts, Un collier de nouilles (2008) aux éditions des Carnets du Dessert de Lune.
En 2018, Fanny Chiarello publiera son 3e recueil, Un pas de côté, toujours aux éditions des Carnets du Dessert de Lune.
Chaque semaine, dans la banlieue lilloise - le plus souvent dans des petites villes post-industrielles - Fanny Chiarello avale aussi les kilomètres en courant. Munie d'un appareil photo, elle capture alors la poésie et les incongruités insolites de cet environnement de briques et de béton.

Dernières publications :

Romans :
fanny-chiarello-je-respire-discrètement-par-le-nez
Dans son propre rôle (Prix Landerneau Découverte, Prix Orange du Livre), L’Olivier, 2015
Tombeau de Pamela Sauvage, La Contre Allée, 2016 
Le zeppelin, L’Olivier, 2016

Romans jeunesse :
Le blues des petites villes, L’École des Loisirs, 2014
Banale, L’École des Loisirs, 2015
La vitesse sur la peau, Le Rouergue, 2016

Poésie / textes courts :
La fin du chocolat, Carnets du Dessert de Lune, 2005
Collier de nouilles, Carnets du Dessert de Lune, 2008
Je respire discrètement par le nez, Carnets du Dessert de Lune, 2016

Anything goes
, le blog de l'auteure


mardi 3 octobre 2017

Des nouvelles du front

 
Très prochainement, je signe la préface du premier recueil de Marc Guimo, poète quadra. Je suis aussi content que ce dernier de la sortie de sa plaquette Polder n°175 coéditée par la revue Décharge et les éditions Gros Textes.

(Consulter la collection des Polders déjà publiés.)
jack hirschman
Ginsberg, Norse, Hirschman,McClure, Kaufman
San Francisco, 1975. Photo by Diana Church.

Je publie quelques textes dans le prochain numéro n° 157 ou 158 de la revue Bacchanales intitulé « Poésie et Sport ». Cette copieuse revue est éditée depuis plusieurs années par la Maison de la Poésie Rhône-Alpes. On lui doit par exemple la publication de Tout ce qui reste, une anthologie bilingue de Jack Hirschman, un des merveilleux poètes américains vivants.

(Consulter les anciens numéros de Bacchanales.) 

Je remets le nez et les poings dans mes propres textes. N'ayant plus publié de recueil depuis 2016, et ayant surtout beaucoup milité pour les autres poètes, il est temps de revenir à soi-même.
carole fives-françois-xavier farine
Caroles Fives et mézigue (août 2017)

Je me demande enfin si, de temps à autre, je ne vais pas aussi parler des romans, des romanciers et des romancières qui me sont chers sur ce blog... et faire une entorse à ma passion première qu'est la poésie ?

Bé oui, on verra bien...




jeudi 28 septembre 2017

Qui connaît encore Pierre Béarn (1902-2004) ?

Pierre Béarn

En 2002, au Marché de la Poésie de Paris, j'ai rencontré un vieux Monsieur au regard d'acier bleu. Il se tenait seul, derrière un stand, et personne ne semblait plus le connaître.
Il s'agissait pourtant du poète Pierre Béarn.
Âgé de 100 ans, il publiait désormais des recueils de fables aux éditions Éditinter.

Par le passé, ce poète-libraire avait publié plusieurs recueils aux éditions Seghers, connu la confrérie des poètes de son temps comme René Guy Cadou, Paul Éluard ou Henri Pichette, géré seul une revue, La Passerelle, pendant plus de 20 ans et avait été le fondateur du « Mandat des Poètes », prix qui venait en aide aux poètes ou aux écrivains qui étaient dans une situation de détresse financière – comme me l'avait confié Jean L'Anselme.

Pierre Béarn était également le père méconnu du célèbre slogan « métro boulot dodo » de Mai 1968 qui figurait déjà à la dernière strophe de son poème Réveil, extrait de la plaquette Couleurs d'Usine parue en 1951 dans les petits Cahiers Seghers :
Le recueil "Couleurs d'Usine" (1951)

Au déboulé, garçon, pointe ton numéro
pour gagner ainsi le salaire
d'un morne jour utilitaire
Métro, boulot, bistro, mégots, dodo, zéro.


Quelques années plus tard, je découvris, lors d'un récital de poésie
interprété par la poétesse nordiste, Muriel Verstichel, un poème très fort, inédit, de ce même Pierre Béarn qui avait été publié dans Ciel d'Europe, une anthologie de la Maison de la Poésie du Nord/Pas-de-Calais en 2000.

Je ne résiste pas à l'envie de vous faire découvrir ce texte qui aurait pu passer totalement inaperçu et qui reste, aujourd'hui encore, pleinement d'actualité.

Tu n’emporteras rien avec toi

Homme,
qui que tu sois
tu n’emporteras rien
avec toi.

Homme inhumain par habitude
ou par conviction,
Abel façonné par la vie
en Caïn pour les carnages,
quand donc jetteras-tu
tes masques de peinturlures
tes lauriers de prédateur ?

Tu n’emporteras rien
avec toi

Rien n’était urgent dans la vie
mais tu fus toujours pressé d’écraser
quiconque se mouvait dans d’autres couleurs.

Couleurs de peau, couleurs d’idées,
couleurs de tous les drapeaux coupables,
couleur des uniformes truqués.

Tu n’emporteras rien
avec toi


Iraniens, Irakiens, qu’espérez-vous
sur vos champs puants de pétrole ?
Israéliens, Palestiniens,
n’étiez-vous pas du même sang ?

Et vous mes Africains,
mes rois nègres, mes nomades
des sables quadrillés par les Blancs
pourquoi jaillir en ennemis
hors du feu chantant de vos danses ?

Vous n’emporterez rien

avec vous.

Ô mes Peaux-Rouges de l’enfance
mes Arméniens de la vengeance,
peuples bafoués et méprisés
et vous ! coffres-forts de l’aisance
vous n’emporterez rien avec vous.

Est et Ouest dressés
en face à face dérisoire
où donc prenez-vous vos points cardinaux ?

Vous n’emporterez rien avec vous.

Policiers et soldats victimes
des voix de l’anonymat,
peuples mal soumis des usines
et vous, mes clochards de la vie
vous n’emporterez rien avec vous.

Hommes déchirés de races
et de convictions ennemis,
Hommes drogués, saoulés d’argent
dans la fermentation des convoitises,
qui donc pourrait vous pardonner
dans l’au-delà ?

Vous n’emporterez rien avec vous.

Que tu sois né du Christ ou de Lénine
de Mahomet ou de Bouddha
ou d’un ventre mal défini
tu n’emporteras rien
avec toi.


En savoir plus sur Pierre Béarn

lundi 28 août 2017

Fanny Chiarello, Hélène Dassavray et Estelle Fenzy : 3 poètes en lecture dans le Nord, les 29 et 30 septembre prochains !

les-filles-de-la-poésie-Chiarello-Dassavray-Fenzy
© Médiathèque départementale du Nord, 2017.

Pour la 4e année consécutive, la Médiathèque départementale du Nord organise un temps fort autour de la poésie intitulé « Les Filles de la poésie », en partenariat avec deux de ses médiathèques-partenaires : Willems (près de Villeneuve d’Ascq) et Arnèke (près de Cassel, en Flandre).


Qui sont les 3 auteures invitées ? ICI


Fanny Chiarello
Fanny Chiarello     








 
 
Hélène Dassavray
Hélène Dassavray   













Estelle Fenzy
Estelle Fenzy














Deux lectures- rencontres avec ces 3 poètes d’aujourd’hui sont programmées. 

Vendredi 29 septembre 2017 - 19h30 - Médiathèque de Willems 
Square Eugène Thomas Tél. 03 28 37 45 31 ; f.cailleau@laposte.net

Samedi 30 septembre 2017 - 19h30 - Médiathèque d'Arnèke
7 rue de Cassel Tél. 03 28 41 08 91 ;
bibliothequearneke59@orange.fr


Durée de la rencontre : 2 sets de 45 minutes avec un pot de l'amitié à l'issue de la lecture*.

Réservation conseillée par téléphone ou mail.

*Après chaque lecture, possibilité d’acheter, par chèque, les livres des 3 auteures et de se les faire dédicacer.


Je vous y retrouverai avec plaisir en tenue de V.I.P de la poésie.

Mais surtout, ça va être chouette, bordel de merde & ce sera gratuit !!!

Alors, à bientôt.

dimanche 27 août 2017

Charles Bukowski (1920-1994)

Charles Bukowski Les jours s'en vont... (2008)
Un dessin de Buk en couv'

dans le train de Del Mar

je monte dans le train qui dessert le champ de courses
c'est près de San Diego
et ça promet de l'espace et du roulis et
j'ai ma pinte
et je vais me chercher des bières au
wagon-bar
et je titube sur le sol -
TAC TAC TAC TAC TAC
      TAC TAC -
et ça revient un peu
ça revient un petit peu
comme une touche de vert sur une feuille après une longue
sécheresse

et le soleil pénètre dans le wagon-bar comme un
taureau et le barman voit que
je me sens bien
il se fend d'un vrai sourire et
demande :
       « comment ça va ? »

comment ça va ? mes talons sont usés
mes chaussures sont trouées
je porte le pantalon de mon père et il est mort
il y a 10 ans
je dois me faire arracher 8 dents
mes intestins sont partiellement obstrués
je tire sur un cigare à 10 cents

       « Super ! » que je lui réponds,
       « Les affaires marchent ? »
à merveille à merveille à merveille et le train passe
devant la mer
devant le sable et
en bas entre les
falaises.

Charles Bukowski, poème extrait de Les jours s'en vont comme des chevaux sauvages dans les collines, Ėditions du Rocher, 2008, 17 €.

Titre original : The Days Run Away Like Wild Horses Over The Hills.
Première édition : Black Sparrow Press, 1969.

lundi 21 août 2017

Biarritz et ses écrivains, 2e partie.

Biarritz françois-xavier farine

Biarritz est devenue, au début du XXe siècle, un haut lieu de villégiature et de festivités idéal pour tout le gotha mondain international, mais de nombreux écrivains, poètes et romanciers « à la mode », n'ont pas été non plus insensibles aux fastes de la cité balnéaire, ni aux charmes de la Côte Basque.

Ainsi, si j'ai déjà pu me rendre compte au fil de mes pérégrinations passées dans les rues de la ville qu'il y avait, par exemple, une place dédiée au poète Louis Guillaume (1907-1971), j'ai aussi fait depuis d'autres découvertes passionnantes...

Louis Guillaume-BiarritzLouis Guillaume,
un poète « biarrot » à redécouvrir

Du milieu des années 50 au milieu des années 80, Louis Guillaume a bénéficié d'une certaine popularité dans le milieu poétique. D'origine bretonne, le poète, Louis Guillaume, fut d'abord instituteur, professeur de français, puis directeur d'école parisienne, avant de prendre sa retraite à Biarritz, dès 1962, où il ne cessera plus jamais d'écrire jusqu'à sa mort, en 1971.

En 1951, Louis Guillaume obtient le premier Prix Max Jacob de poésie pour son recueil Noir comme la mer, publie Ombellies en 1953 parmi les célèbres plaquettes des « Cahiers de l'École de Rochefort » lancées par Bouhier, Cadou, Bérimont, Rousselot et Béalu – comme Jean L'Anselme qui y publiera également son Grand Film en 1952 aux mêmes éditions.

En 1961, Louis Guillaume reçoit également le Prix de poésie Antonin Artaud pour son recueil La nuit parle paru aux éditions Subervie. C'est-à-dire deux des plus importants prix de poésie à l'époque !

Louis Guillaume a, entre autres, aussi publié Fortune de vent en 1964 aux éditions José Corti et une anthologie de ses meilleurs poèmes, Poèmes choisis, a été éditée de manière posthume, en 1977, aux éditions René Rougerie.

Sa belle-fille, Lazarine Bergeret, et notamment
L'association des amis de Louis Guillaume, ont beaucoup œuvré pour faire connaître son œuvre qui comprend aujourd'hui de nombreuses publications posthumes, dont l’ensemble des lettres adressées par Max Jacob à Louis Guillaume, de 1937 à 1944, paru aux éditions La Part commune en 2007.

Cocteau-Biarritz
Cocteau à Biarritz
Jean Cocteau et le Festival du Film Maudit

Près de la Côte des Basques, on trouve aussi une ruelle en cul-de-sac qui s'appelle le « Passage Jean Cocteau », à quelques rues seulement d'un château surplombant la mer, La Villa Belza, qui aurait certainement pu servir, a posteriori, de décor au film, La Belle et la Bête, du célèbre poète-académicien. Pourquoi ce clin d'œil au « Prince des Poètes » ?

La raison en est bien simple : Jean Cocteau a créé en 1949, à Biarritz, le Festival du Film Maudit. Dans un livre qui y fait justement référence et que j'ai pu consulter, j'ai eu la chance de voir la reproduction d'une photo sépia où on aperçoit notamment le Jury de ce Prix, les pieds dans l'eau. Sur ce cliché figuraient notamment : Jean Cocteau, Raymond Queneau et François Truffaut, alors adolescent. Sous le parrainage de Jean Cocteau, François Truffaut y rencontra Chabrol, Rivette, Rohmer et Godard.


Néanmoins, ce festival eut une vocation tout à fait éphémère puisqu'il n'y eut apparemment que deux éditions - dont le but inavoué mais très sérieux pour Cocteau, au départ, était de concurrencer le prestigieux Festival de Cannes !

Le Vieil Homme et la Mer

Hemingway-Fitzgerald
Hemingway & Fitzgerald

Ce que l'on sait peut-être moins, c'est que l'écrivain américain, Ernest Hemingway, lui-même, fréquenta – comme un autre écrivain de la Lost Generation : Francis Scott Fitzgerald et son épouse Zelda – le somptueux Hôtel du Palais faisant face à la Grande Plage de Biarritz, depuis qu'il a été construit par Napoléon III, en 1854, en l'honneur de son épouse d'origine espagnole, Eugénie de Montijo.

C'est en effet dans ce mirifique Hôtel du Palais, où il séjourna quelques temps, qu'Ernest Hemingway a fini par évoquer Biarritz dans son célèbre roman Le soleil se lève aussi. Et qu'une partie de l'adaptation cinématographique du livre a été tournée, avec Ava Gardner, en 1957.

Si la « Lost Generation » des écrivains américains fréquenta assidûment Biarritz, la Beat Generation, elle, fréquentera, quelques décennies plus tard, des lieux parisiens beaucoup moins huppés. Mais ceci est une autre histoire... à vous raconter un autre jour... sous un soleil beaucoup moins généreux... loin de la surf attitude.

                                                                                                                 Biarritz, le 21 août 2017.

mercredi 9 août 2017

Ce blog s'offre un « break » sur la Côte Atlantique *


Ces cris d'enfants
aux quatre coins de la plage.
Pépiements bleus.
 

*

Mon fils – son sourire
dans la poussette –
(quand il me rejoint avec ma compagne)
Soleils !

*

On marche au bord de la mer
on n'en finit pas
d'allonger le temps.

*

(haïkus inédits, 2015, 2016 et 2017)



* Reprise du service, début septembre.

jeudi 3 août 2017

Blaise Cendrars, droit au but


Nous sommes en 1905-1906 à Saint-Pétersbourg, en Russie.  Frédéric Louis Sauser alias Blaise Cendrars (1887-1961) joue alors au poste d'avant-centre du club de football local, comme précédemment, en Suisse, à l'âge de 15 ans.

blaise cendrars-1905-1906
© Photo Miriam Cendrars*

Sur le site So Foot, un article étonnant d'Éric Carpentier du 1er septembre 2015 revient justement sur la « carrière » footballistique du poète Blaise Cendrars évoquée dans son roman, Le Lotissement du ciel (1949) et dans le journal L'Équipe, quelques années plus tard, avec le don affabulateur qu'on lui connaît.

Sacré Blaise !


Îles

Îles
Îles
Îles où l'on ne prendra jamais terre

Îles où l'on ne descendra jamais
Îles couvertes de végétations
Îles tapies comme des jaguars
Îles muettes
Îles immobiles
Îles inoubliables et sans nom
Je lance mes chaussure par-dessus bord car je voudrais
    bien aller jusqu'à vous 


Blaise Cendrars, extrait de Feuilles de route, I. Le Formose, Au Sans Pareil, 1924.


* La photo est extraite de l’œuvre de Blaise Cendrars, Partir : Poèmes, romans, nouvelles, mémoires, publiée dans la collection Quarto Gallimard.

samedi 29 juillet 2017

Thierry Metz (1956-1997), la simplicité et la gravité blessée

Thierry Metz anthologie

Je n'ai jamais écrit sur Thierry Metz. C'est à la fois douloureux et bouleversant pour moi. Son écriture attaque l'os de l'essentiel et me remue terriblement, au-delà des mots. Cette écriture, sensible et affûtée, m'apparaît humble et étrangement familière, en même temps, à chacune de mes lectures ; ce depuis que j'ai découvert en 1993 ou 94 son Journal d'un manœuvre, d'abord interpellé par la préface de Jean Grosjean, avant d'avoir été happé par ce puissant récit à l'écriture dépouillée et lumineuse, un lundi soir, dans une librairie, jusqu'à la fermeture de l'enseigne.

En juin dernier, Cécile Odartchenko a eu l'excellente idée de publier une monographie consacrée à Thierry Metz, accompagnée d'un choix de textes  aux éditions des Vanneaux dans sa précieuse collection « Présence de la Poésie »*.

Cette approche de l’œuvre a été rédigée par le jeune poète, Cédric Le Penven, écrivain lui-même de l'introspection, qui était tout trouvé pour éclairer, avec une juste acuité, l’œuvre si singulière et poignante du regretté Thierry Metz.

Un jour d'avril 1997, ce poète - douloureux et merveilleux  -
a décidé, trop tôt, de nous fausser compagnie, ravagé par une disparition tragique dont il ne s'était jamais réellement remis, malgré plusieurs séjours en maison de soin, et que l'exercice quotidien de l'écriture ne lui a pas permis non plus, hélas, de surmonter.

Pour nous consoler, il nous reste à relire indéfiniment cette œuvre unique et
singulière qui sera, j'en suis sûr, sans cesse redécouverte ! 

Je ne sais
comment j'arrive à me suivre
à m'entendre
à racler le peu qui me reste.

Je n'irais pas loin
si je n'emportais pas sa voix
si je n'avais pas ce ruisseau
de sa main
sur la mienne.
Ce que je retrouve le soir
détourné par un baiser.

*

Thierry Metz, Tel que c'est écrit, L'Arrière-Pays, 2012.


À signaler également :
L'homme qui penche (journal), Thierry Metz, éd. Unes, nouv. parution mai 2017, 19 €. 
Poésies 1978-1997, inédits parus en revue, Thierry Metz, Pierre Mainard, juin 2017, 18 €.


* 18 titres de Poètes d'Aujourd'hui y sont parus à ce jour.

lundi 24 juillet 2017

Jacques Prévert (1900-1977)


Le Progrès :
Trop robot pour être vrai.

* 

La liberté est toujours en vérité provisoire.

*

Jérusalem.
J’ai rusé l'âme.

*

Bien souvent, le lâche demande aux autres le courage de ses opinions.

*

Plus on aide le fou, plus il rit.

*

Dans chaque église, il y a toujours quelque chose qui cloche.

*

On a beau avoir une santé de fer, on finit toujours par rouiller.

*


Jacques Prévert, extrait de Fatras, partie Graffiti, Éditions Gallimard,
1966.


Jacques Prévert
Jacques Prévert © Guetti

samedi 22 juillet 2017

Streets d'Ėric Dejaeger

eric-dejaeger
Éric Dejaeger (© Éric Allard)
est le dernier recueil revigorant publié aux éditions Gros Textes par ce poète belge, très prolixe, qui m'apparaît aujourd'hui comme le dauphin ou le digne successeur de Jean L'Anselme.

Le 12 juillet dernier, dans un bar de Bray-Dunes où je m'étais réfugié pour m'abriter d'une tempête de sable, j'ai passé un chouette moment en parcourant, avec gourmandise et gaieté, les 99 rues citadines de ce livre, plus loufoques les unes que les autres !


En lisant Ėric Dejaeger, on n'est jamais bien loin de l'esprit des meilleurs surréalistes belges comme Achille Chavée, Marcel Mariën ou Louis Scutenaire. 
J'y ai aussi retrouvé une certaine cocasserie insolite, mâtinée de fantastique, qui m'a fait songer, par instants, à Marcel Béalu.
 

Ėric Dejaeger est un poète bourré d'imagination, qui, depuis sa retraite toute neuve, semble vouloir démultiplier les facéties, tout comme le rythme de ses publications.

Mais, à y regarder de plus près, on s'aperçoit que l'humour de cet auteur cache aussi parfois, sous ses airs potaches, une profonde sagesse qui devrait être remboursée par la Sécurité sociale !


streets-eric-dejaeger-gros textes-2017

Ėd. Gros Textes Fonfourane 05380 Châteauroux-les-Alpes 04 92 43 23 03 ; gros.textes@laposte.net
ISBN : 978-2-35082-330-0, 112 pages, 10 € (+ 2 € de port) ; couverture et illustrations du recueil Jean-Paul Verstraeten.

2 extraits :


70 th STREET

Bien qu'officiellement annoncée
la fermeture définitive
de la Rue aux Moustiques
a été reportée
suite à une pétition
signée par tous les masochistes
et les membres de la SPA
de la ville.


62 nd STREET

Un phénomène étonnant
qui attire la grande foule
se produit
depuis quelques jours
Rue aux Anges :
des milliers de plumes 
volètent dans l'air
avant de tapisser
bitume et trottoirs.
On pense immédiatement
au film Michael.
La municipalité se montre
impuissante
sauf pour bientôt
rebaptiser l'endroit
Rue aux Anges Défunts.

mardi 27 juin 2017

Richard Ford, romancier américain né en 1944


Je suis lent,
je pense
lentement,
je parle
lentement,
je vis lentement...
C'est parfait
pour un romancier.

Richard Ford dans L'Amérique des écrivains : road trip 
de Pauline Guéna ; photographies de Guillaume Binet, Robert Laffont, 2014, 35 €.


Richard Ford et Raymond Carver


Quelques titres :
Péchés innombrables (nouvelles), Éd. de L'Olivier, 2002.
Rock Springs (nouvelles),
Éd. Payot & Rivages, 1997.
Un week-end dans le Michigan,
Éd. Payot, 1990.