lundi 21 août 2017

Biarritz et ses écrivains, 2e partie.

Biarritz françois-xavier farine

Biarritz est devenue, au début du XXe siècle, un haut lieu de villégiature et de festivités idéal pour tout le gotha mondain international, mais de nombreux écrivains, poètes et romanciers « à la mode », n'ont pas été non plus insensibles aux fastes de la cité balnéaire, ni aux charmes de la Côte Basque.

Ainsi, si j'ai déjà pu me rendre compte au fil de mes pérégrinations passées dans les rues de la ville qu'il y avait, par exemple, une place dédiée au poète Louis Guillaume (1907-1971), j'ai aussi fait depuis d'autres découvertes passionnantes...

Louis Guillaume-BiarritzLouis Guillaume,
un poète « biarrot » à redécouvrir

Du milieu des années 50 au milieu des années 80, Louis Guillaume a bénéficié d'une certaine popularité dans le milieu poétique. D'origine bretonne, le poète, Louis Guillaume, fut d'abord instituteur, professeur de français, puis directeur d'école parisienne, avant de prendre sa retraite à Biarritz, dès 1962, où il ne cessera plus jamais d'écrire jusqu'à sa mort, en 1971.

En 1951, Louis Guillaume obtient le premier Prix Max Jacob de poésie pour son recueil Noir comme la mer, publie Ombellies en 1953 parmi les célèbres plaquettes des « Cahiers de l'École de Rochefort » lancées par Bouhier, Cadou, Bérimont, Rousselot et Béalu – comme Jean L'Anselme qui y publiera également son Grand Film en 1952 aux mêmes éditions.

En 1961, Louis Guillaume reçoit également le Prix de poésie Antonin Artaud pour son recueil La nuit parle paru aux éditions Subervie. C'est-à-dire deux des plus importants prix de poésie à l'époque !

Louis Guillaume a, entre autres, aussi publié Fortune de vent en 1964 aux éditions José Corti et une anthologie de ses meilleurs poèmes, Poèmes choisis, a été éditée de manière posthume, en 1977, aux éditions René Rougerie.

Sa belle-fille, Lazarine Bergeret, et notamment
L'association des amis de Louis Guillaume, ont beaucoup œuvré pour faire connaître son œuvre qui comprend aujourd'hui de nombreuses publications posthumes, dont l’ensemble des lettres adressées par Max Jacob à Louis Guillaume, de 1937 à 1944, paru aux éditions La Part commune en 2007.

Cocteau-Biarritz
Cocteau à Biarritz
Jean Cocteau et le Festival du Film Maudit

Près de la Côte des Basques, on trouve aussi une ruelle en cul-de-sac qui s'appelle le « Passage Jean Cocteau », à quelques rues seulement d'un château surplombant la mer, La Villa Belza, qui aurait certainement pu servir, a posteriori, de décor au film, La Belle et la Bête, du célèbre poète-académicien. Pourquoi ce clin d'œil au « Prince des Poètes » ?

La raison en est bien simple : Jean Cocteau a créé en 1949, à Biarritz, le Festival du Film Maudit. Dans un livre qui y fait justement référence et que j'ai pu consulter, j'ai eu la chance de voir la reproduction d'une photo sépia où on aperçoit notamment le Jury de ce Prix, les pieds dans l'eau. Sur ce cliché figuraient notamment : Jean Cocteau, Raymond Queneau et François Truffaut, alors adolescent. Sous le parrainage de Jean Cocteau, François Truffaut y rencontra Chabrol, Rivette, Rohmer et Godard.


Néanmoins, ce festival eut une vocation tout à fait éphémère puisqu'il n'y eut apparemment que deux éditions - dont le but inavoué mais très sérieux pour Cocteau, au départ, était de concurrencer le prestigieux Festival de Cannes !

Le Vieil Homme et la Mer

Hemingway-Fitzgerald
Hemingway & Fitzgerald

Ce que l'on sait peut-être moins, c'est que l'écrivain américain, Ernest Hemingway, lui-même, fréquenta – comme un autre écrivain de la Lost Generation : Francis Scott Fitzgerald et son épouse Zelda – le somptueux Hôtel du Palais faisant face à la Grande Plage de Biarritz, depuis qu'il a été construit par Napoléon III, en 1854, en l'honneur de son épouse d'origine espagnole, Eugénie de Montijo.

C'est en effet dans ce mirifique Hôtel du Palais, où il séjourna quelques temps, qu'Ernest Hemingway a fini par évoquer Biarritz dans son célèbre roman Le soleil se lève aussi. Et qu'une partie de l'adaptation cinématographique du livre a été tournée, avec Ava Gardner, en 1957.

Si la « Lost Generation » des écrivains américains fréquenta assidûment Biarritz, la Beat Generation, elle, fréquentera, quelques décennies plus tard, des lieux parisiens beaucoup moins huppés. Mais ceci est une autre histoire... à vous raconter un autre jour... sous un soleil beaucoup moins généreux... loin de la surf attitude.

                                                                                                                 Biarritz, le 21 août 2017.

mercredi 9 août 2017

Ce blog s'offre un « break » sur la Côte Atlantique *


Ces cris d'enfants
aux quatre coins de la plage.
Pépiements bleus.
 

*

Mon fils – son sourire
dans la poussette –
(quand il me rejoint avec ma compagne)
Soleils !

*

On marche au bord de la mer
on n'en finit pas
d'allonger le temps.

*

(haïkus inédits, 2015, 2016 et 2017)



* Reprise du service, début septembre.

jeudi 3 août 2017

Blaise Cendrars, droit au but


Nous sommes en 1905-1906 à Saint-Pétersbourg, en Russie.  Frédéric Louis Sauser alias Blaise Cendrars (1887-1961) joue alors au poste d'avant-centre du club de football local, comme précédemment, en Suisse, à l'âge de 15 ans.

blaise cendrars-1905-1906
© Photo Miriam Cendrars*

Sur le site So Foot, un article étonnant d'Éric Carpentier du 1er septembre 2015 revient justement sur la « carrière » footballistique du poète Blaise Cendrars évoquée dans son roman, Le Lotissement du ciel (1949) et dans le journal L'Équipe, quelques années plus tard, avec le don affabulateur qu'on lui connaît.

Sacré Blaise !


Îles

Îles
Îles
Îles où l'on ne prendra jamais terre

Îles où l'on ne descendra jamais
Îles couvertes de végétations
Îles tapies comme des jaguars
Îles muettes
Îles immobiles
Îles inoubliables et sans nom
Je lance mes chaussure par-dessus bord car je voudrais
    bien aller jusqu'à vous 


Blaise Cendrars, extrait de Feuilles de route, I. Le Formose, Au Sans Pareil, 1924.


* La photo est extraite de l’œuvre de Blaise Cendrars, Partir : Poèmes, romans, nouvelles, mémoires, publiée dans la collection Quarto Gallimard.

samedi 29 juillet 2017

Thierry Metz (1956-1997), la simplicité et la gravité blessée

Thierry Metz anthologie

Je n'ai jamais écrit sur Thierry Metz. C'est à la fois douloureux et bouleversant pour moi. Son écriture attaque l'os de l'essentiel et me remue terriblement, au-delà des mots. Cette écriture, sensible et affûtée, m'apparaît humble et étrangement familière, en même temps, à chacune de mes lectures ; ce depuis que j'ai découvert en 1993 ou 94 son Journal d'un manœuvre, d'abord interpellé par la préface de Jean Grosjean, avant d'avoir été happé par ce puissant récit à l'écriture dépouillée et lumineuse, un lundi soir, dans une librairie, jusqu'à la fermeture de l'enseigne.

En juin dernier, Cécile Odartchenko a eu l'excellente idée de publier une monographie consacrée à Thierry Metz, accompagnée d'un choix de textes  aux éditions des Vanneaux dans sa précieuse collection « Présence de la Poésie »*.

Cette approche de l’œuvre a été rédigée par le jeune poète, Cédric Le Penven, écrivain lui-même de l'introspection, qui était tout trouvé pour éclairer, avec une juste acuité, l’œuvre si singulière et poignante du regretté Thierry Metz.

Un jour d'avril 1997, ce poète - douloureux et merveilleux  -
a décidé, trop tôt, de nous fausser compagnie, ravagé par une disparition tragique dont il ne s'était jamais réellement remis, malgré plusieurs séjours en maison de soin, et que l'exercice quotidien de l'écriture ne lui a pas permis non plus, hélas, de surmonter.

Pour nous consoler, il nous reste à relire indéfiniment cette œuvre unique et
singulière qui sera, j'en suis sûr, sans cesse redécouverte ! 

Je ne sais
comment j'arrive à me suivre
à m'entendre
à racler le peu qui me reste.

Je n'irais pas loin
si je n'emportais pas sa voix
si je n'avais pas ce ruisseau
de sa main
sur la mienne.
Ce que je retrouve le soir
détourné par un baiser.

*

Thierry Metz, Tel que c'est écrit, L'Arrière-Pays, 2012.


À signaler également :
L'homme qui penche (journal), Thierry Metz, éd. Unes, nouv. parution mai 2017, 19 €. 
Poésies 1978-1997, inédits parus en revue, Thierry Metz, Pierre Mainard, juin 2017, 18 €.


* 18 titres de Poètes d'Aujourd'hui y sont parus à ce jour.

lundi 24 juillet 2017

Jacques Prévert (1900-1977)


Le Progrès :
Trop robot pour être vrai.

* 

La liberté est toujours en vérité provisoire.

*

Jérusalem.
J’ai rusé l'âme.

*

Bien souvent, le lâche demande aux autres le courage de ses opinions.

*

Plus on aide le fou, plus il rit.

*

Dans chaque église, il y a toujours quelque chose qui cloche.

*

On a beau avoir une santé de fer, on finit toujours par rouiller.

*


Jacques Prévert, extrait de Fatras, partie Graffiti, Éditions Gallimard,
1966.


Jacques Prévert
Jacques Prévert © Guetti

samedi 22 juillet 2017

Streets d'Ėric Dejaeger

eric-dejaeger
Éric Dejaeger (© Éric Allard)
est le dernier recueil revigorant publié aux éditions Gros Textes par ce poète belge, très prolixe, qui m'apparaît aujourd'hui comme le dauphin ou le digne successeur de Jean L'Anselme.

Le 12 juillet dernier, dans un bar de Bray-Dunes où je m'étais réfugié pour m'abriter d'une tempête de sable, j'ai passé un chouette moment en parcourant, avec gourmandise et gaieté, les 99 rues citadines de ce livre, plus loufoques les unes que les autres !


En lisant Ėric Dejaeger, on n'est jamais bien loin de l'esprit des meilleurs surréalistes belges comme Achille Chavée, Marcel Mariën ou Louis Scutenaire. 
J'y ai aussi retrouvé une certaine cocasserie insolite, mâtinée de fantastique, qui m'a fait songer, par instants, à Marcel Béalu.
 

Ėric Dejaeger est un poète bourré d'imagination, qui, depuis sa retraite toute neuve, semble vouloir démultiplier les facéties, tout comme le rythme de ses publications.

Mais, à y regarder de plus près, on s'aperçoit que l'humour de cet auteur cache aussi parfois, sous ses airs potaches, une profonde sagesse qui devrait être remboursée par la Sécurité sociale !


streets-eric-dejaeger-gros textes-2017

Ėd. Gros Textes Fonfourane 05380 Châteauroux-les-Alpes 04 92 43 23 03 ; gros.textes@laposte.net
ISBN : 978-2-35082-330-0, 112 pages, 10 € (+ 2 € de port) ; couverture et illustrations du recueil Jean-Paul Verstraeten.

2 extraits :


70 th STREET

Bien qu'officiellement annoncée
la fermeture définitive
de la Rue aux Moustiques
a été reportée
suite à une pétition
signée par tous les masochistes
et les membres de la SPA
de la ville.


62 nd STREET

Un phénomène étonnant
qui attire la grande foule
se produit
depuis quelques jours
Rue aux Anges :
des milliers de plumes 
volètent dans l'air
avant de tapisser
bitume et trottoirs.
On pense immédiatement
au film Michael.
La municipalité se montre
impuissante
sauf pour bientôt
rebaptiser l'endroit
Rue aux Anges Défunts.

mardi 27 juin 2017

Richard Ford, romancier américain né en 1944


Je suis lent,
je pense
lentement,
je parle
lentement,
je vis lentement...
C'est parfait
pour un romancier.

Richard Ford dans L'Amérique des écrivains : road trip 
de Pauline Guéna ; photographies de Guillaume Binet, Robert Laffont, 2014, 35 €.


Richard Ford et Raymond Carver


Quelques titres :
Péchés innombrables (nouvelles), Éd. de L'Olivier, 2002.
Rock Springs (nouvelles),
Éd. Payot & Rivages, 1997.
Un week-end dans le Michigan,
Éd. Payot, 1990.

dimanche 18 juin 2017

Poésie au Polder avec Thierry Roquet et Jean Marc Flahaut


C'était samedi soir à 19 heures à Hellemmes et c'était franchement bien... La météo, le bistrot, les filles, la poésie !

Thierry Roquet et Jean Marc Flahaut ont proposé une lecture anthologique de leurs poèmes avant de terminer par quelques extraits de leurs deux derniers ouvrages parus : L'ampleur des astres pour Thierry Roquet et Bad writer pour Jean Marc Flahaut.
On a même eu l'immense plaisir de voir débarquer, parmi nous, le grantécrivain, Jérôme Leroy, himself !


Puis, du bon côté du trottoir ensoleillé, après cette rafraîchissante lecture, on a même eu le temps d'évoquer rapidement Dan Fante et ses deux excellents recueils de poésie édités aux défuntes éditions 13e Note, Thierry Metz, Mark SaFranko, Thomas Vinau, la Maison de la Poésie de Nantes, Daniel Biga, et aussi Frédérick Houdaer, dont les nombreuses publications - au sein de la collection « Poésie » des éditions du Pédalo ivre - feront date !


Flahaut-Leroy-Farine-Roquet
Jean Marc Flahaut, Jérôme Leroy, François-Xavier Farine et Thierry Roquet



« Poetry is a wild orchid which catches fire while dancing. »

mardi 16 mai 2017

Cette douceur d'exister

La cabane à poètes

Assis
à l'angle de la terrasse
ensoleillée
je vois onduler les touffes
d'herbes & les petites fleurs
blanches du jardin
le ciel bleu
où coulent de délicieux nuages de lait
torse nu
ma peau chauffée à blanc
j'ai poussé l'ordinateur de l'autre
côté de la table
en formica
je pourrais écrire des milliers
de moments
infimes
comme celui-là
et pourtant je ne le fais pas
la peur soudain inconsidérée
de quitter
cette douceur d'exister
qui nous cloue peut-être
encore plus
dans la brûlure
de l'instant.

© inédit, 7/07/2012.


jeudi 11 mai 2017

Thierry Roquet et Jean Marc Flahaut en lecture dans le Nord !


Ce sera Samedi 17 juin à Hellemmes-Lille au Polder, un café solidaire à l'ambiance sympathique, à 19 heures précises.

Après la lecture, les 2 auteurs dédicaceront leurs livres et on pourra tailler la discut' tranquillou avec eux.

Vous pourrez également me voir en coulisse en tenue de V.I.P de la poésie.


Mais surtout, ça va dépoter, nom d'un chien ! et ce sera gratuit !!!

Jean Marc Flahaut Thierry Roquet François-Xavier Farine
© Jim Production

On commence avec cette date et on espère bien, avec le bouche à oreille des poètes, des amateurs et des amatrices, terminer un jour au Stade de France !


samedi 6 mai 2017

Thierry Roquet né en 1968

La tournée du postier

Le facteur pose son vélo jaune contre un mur, il ne ressemble pas du tout à Charles Bukowski. Il ressemble à un facteur. Il dépose le courrier dans les boîtes aux lettres, reprend son vélo et ainsi de suite jusqu'au mur suivant. S'il ressemblait à Charles Bukowski, je suis sûr qu'on ne recevrait pas autant de mauvaises nouvelles mais davantage de bons poèmes.
thierry roquet l'ampleur du désastre

L'ampleur des astres, Thierry Roquet, Cactus Inébranlable éditions, coll. Les p'tits cactus, septembre 2016, 92 pages, 9 €.

Extrait de la 4e de couverture d'Eric Dejaeger :

Avec une petite dizaine de recueils à son actif, Thierry Roquet est avant tout poète. Quand il se mêle de faire dans l'aphorisme, on peut affirmer qu'il ne lésine pas sur la variété. Dans ce premier opus de petites phrases, le lecteur savourera de l'autodérision, de la poésie - tiens donc ! -, du scatologique, du calembour, de l'absurde,  du bête et méchant et du lourd (...) Amateur du genre, tu vas te régaler !

Le site du Cactus Inébranlable éditions

vendredi 28 avril 2017

Poésie dans la cité


Il se prépare de bien belles choses dans la Métropole lilloise, où la poésie a de plus en plus droit de cité. Dans plusieurs médiathèques et un café solidaire, notamment, où on éprouve de plus en plus le besoin de lui redonner la parole.
Est-ce parce que, comme l'écrit Lawrence Ferlinghetti, poète et fondateur de la City Lights Books, qui publia les poètes de la Beat Generation : « Le poème comble les attentes et remet la vie en place. » ?

Cela commencera ce Mardi 2 mai à 19h à la Médiathèque La Corderie de Marcq-en-Baroeul (56 rue Albert Bailly) avec la double lecture de 2 poètes à « l'humour bleu » et « jaune » que j'estime beaucoup : Jean-Yves Plamont et Simon Allonneau.
 
Jean-Yves Plamont
Jean-Yves Plamont (2017)

Simon Allonneau
Simon Allonneau (2016) © FxF

 Cela se poursuivra le Samedi 17 juin à 19h au Café Le Polder d'Hellemmes avec un autre duo poétique tout aussi épatant : Jean Marc Flahaut et Thierry Roquet.
 
Jean Marc Flahaut
Jean Marc Flahaut

Thierry Roquet
Thierry Roquet


Pour se terminer les 29 & 30 septembre prochains dans les médiathèques de Willems et d'Arnèke (dans les Flandres) avec une triple lecture de 3 auteures particulièrement attendue organisée par la Médiathèque départementale du Nord, dont je ne peux hélas rien vous révéler pour le moment, sinon que cela sera tout aussi emballant !

Ces 4 rendez-vous poétiques seront gratuits et ouverts à tous les publics.

On y sera bien évidemment !


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mardi 25 avril 2017

« La poésie est un sport de combat » m'écrivait un jour Thomas Vinau & il avait raison

Entre 6 et 8 ans
le héros de ma jeunesse
Bruce Lee
Opération Dragon (1973)
s'appelait Bruce Lee
j'avais vu tous ses films
pour 6 Francs seulement
à l'époque
(même un film où un faux Bruce Lee
est attaqué par une horde de robots de bronze
invincibles)
En attendant que les lourdes portes
du Cinéma Mourette
s'ouvrent
nous étions déjà tout un tas de gamins
fébriles
plus surexcités les uns que les autres
dans cette file d'attente
qui menait au guichet
et on mimait alors toutes les postures
de Bruce
ses coups de pieds rapides rageurs
ses coups de poings explosifs
son pouce sous le nez
défiant soudain ses adversaires
lorsqu'il était lui-même touché aux flancs
ou au visage
avant l'ultime correction
et qu'il déclenche aussitôt à leur encontre
une série de coups de poings furieux
suivis d'un terrible coup de pied en extension
ou retourné dévastateur
conclu par son célèbre « Wataaaaaaah ! »
C'est certainement
la seule période
de ma vie
où j'ai rêvé de porter un bas de survêtement
grotesque
et des ballerines noires
en mimant le rictus du maître en arts martiaux
torse nu
devant la glace de ma salle de bain.
Kung-Fu ? Karaté ? Jujitsu ?
on ignorait tous
quelle était alors la véritable discipline
de Bruce ?
et les paris, d'ailleurs,
allaient bon train...
Dans Le Jeu de la Mort
Bruce Lee défiait un géant de 2 mètres 18
le célèbre basketteur américain
Kareem Abdul-Jabbar
lui-même
Dans La Fureur du Dragon
il mettait une trempe monumentale
à un roux velu
tout en muscles
qui n'était autre que Chuck Norris
(qui avait été – rappelons-le –
7 fois champion du monde de karaté)
dans un décor kitsch
d'amphithéâtre romain
et de studio de briques made in Hollywood
À l'époque, je ne supportais pas
que l'on dise que Bruce Lee
n'était pas le meilleur karatéka du monde
ni un vrai combattant
mais un comédien
ou un acteur
qui faisait très bien le show
que quiconque égratigne le Mythe
ma fantasmagorie, voilà tout !
Pendant tout un week-end
je m'étais même fabriqué
(avec l'aide de ma mère)
un invraisemblable nunchaku
avec deux bouts de bois pointus
peints en vert
et une ficelle démesurément longue
qui ne fonctionnait pas du tout
bien sûr...
LA FUREUR DE VAINCRE
LA FUREUR DU DRAGON
BIG BOSS
OPÉRATION DRAGON
LE JEU DE LA MORT
 j'avais tout vu si jeune
C'ÉTAIT ALORS
MA SEULE POÉSIE
je n'ai jamais revu un seul
de ses films depuis
j'aurais trop peur que mon enfance
se soit définitivement engloutie
avec lui

Bruce Lee
ce petit homme au corps racé
à la taille de guêpe
chaîne en or et chemise blanche
ouverte sur ses pectoraux filiformes
avec ses grosses lunettes noires
de pilote d'hélicoptère

c'était quand même la classe absolue, non ?

lundi 24 avril 2017

Lucien Suel, come back anthologique n°2


Lucien Suel
Lucien Suel en 2017
Poète nordiste né en 1948, Lucien Suel vient de publier Ni bruit ni fureur, un deuxième recueil anthologique aux éditions La Table Ronde, après l'épatant Je suis debout (2014) paru chez le même éditeur.
Ce livre en 3 parties est un hymne à « L'Enfance au Nord », aux « jardins » et aux « disparus » (écrivains, poètes, musiciens, proches) qui ont toujours été les thèmes de prédilection de l'écrivain.
Lucien Suel y explore à nouveau un large registre de formes poétiques (prose, haïkus, « twittérature », pastiches, vers arithmogrammatiques…) et y excelle, de poète ordinaire à poète expérimental, en passant par poète beat - mais cela ne suffirait pas à en faire un bon poète - s'il n'y ajoutait pas la tendresse et une écriture qui sait aller à tout, sans ignorer l'essentiel.

Libertaire, sensible, créative, humoristique, la poésie de Lucien Suel plébiscitée, entre autres, par Jérôme Leroy, Daniel Fano ou Jean-Pascal Dubost, nous enchante autant. 

La Table Ronde, coll. Vermillon (poésie), mars 2017, 16,00 €

Inédits n°18 de Lucien Suel sur Le feu central

Silo, le blog du poète


mardi 11 avril 2017

Jérôme Leroy né en 1964

    Comme un doute

    Parfois, je me demande si la solution, ce n'est pas une maison à Tarnac, ou dans un coin de ce genre, avec mes livres, un jardin et une école autogérée où l'on apprendrait aux enfants la poésie, le jardinage et le maniement des explosifs, ce qui revient au même, au bout du compte.

Jérôme Leroy, extrait de Sauf dans les chansons (poésie), Éd. La Table Ronde, 2015.



Jérôme Leroy (2017)
© photo Patrice Normand/Leemage


Jérôme Leroy, franc-tireur mélancolique, La Croix, 19 mars 2017

Jérôme Leroy, Loin devant !, Poebzine, 15 avril 2016

Poème(s) inédits n°11 : Jérôme Leroy, « douze belles dans la peau-ésie »,  Poebzine, 17 mai 2013


Le blog de l'écrivain Jérôme Leroy


lundi 3 avril 2017

Improbables haïkus de trajet

Chéreng
village fleuri
Soleil rasant

Vacances scolaires
Recherche animateurs
Se renseigner à la mairie

30 kilomètres/heure
voie conseillée
« Médiathèque départementale »

Brève entrevue :
« Je bois mon café
Tu m’emmerdes. »

lundi 27 mars 2017

Éphémérides


au journal ce matin

Stop aux quads à Roubaix !
Procès d’un groupe néo-nazi
à Amiens


je me frotte les yeux
ce 27 mars 2017
mais c’est bien dans ce monde-là
que je vis

le cauchemar des idioties
est bien réel

et continu

celui des racistes ordinaires
et de la bêtise galopante


des pesticides
des particules
fines
et des trouées
dans la couche d’ozone

le désert avance
la vie recule


comment veux-tu
que je n’aie pas mal
au cul ?

samedi 25 mars 2017

Alain Schifres

alain-schifres-sympa-le-dilettante-2016
« Plus les temps sont durs, plus les gens sont mous. »

Alain Schifres, extrait de Sympa (chroniques), Le dilettante, 2016.

dimanche 19 mars 2017

Christophe Siébert a la rage !


« J’ai cessé d’aimer les gens car ils disaient du mal de Philippe K. Dick. »
 

Christophe SiébertEn 2014, j’ai rédigé un long article sur la poésie de Christophe Siébert et son excellent premier recueil Poésie portable : « Christophe Siébert, l’ensauvagé » 

Que l'on considère cette poésie comme une  poésie « trash » ou que Christophe Siébert, lui-même, se définisse comme « un prolétaire de la littérature » empêche qu’on reconnaisse cet auteur à sa juste valeur… celle d'un véritable écrivain à découvrir autant qu'une Virginie Despentes ou que le sulfureux Pierre Bourgeade (1927-2009).

Je trouve cette poésie non consensuelle, percutante et très personnelle. J'imagine bien Christophe Siébert se dorer la coigne entre Bukowski et Houellebecq, ou buvant un coup avec Marlène Tissot et Vincent Ravalec. Sa poésie se situe d'ailleurs en marge des conventions, des réseaux et des grands poètes autoproclamés par quelques-uns ; cela aussi me ravit, je dois le dire, de plus en plus.

Toutes ces raisons suffisent-elles à faire un bon auteur ? Non, bien sûr.

Christophe Siébert découper l'univers poésie
Mais Christophe Siébert, lui, en est un et sa poésie - dont certains se détournent pour d’injustes raisons – détonne et doit absolument être découverte et lue dans sa globalité.

Paru en 2015 aux éditions Gros Textes, son second recueil (largement négligé par la critique poétique) s’appelle Découper l’Univers Le mettre dans des boites Reculer de vingt pas Épauler son fusil Et tirer sur les boites et contient de superbes illustrations de Lilas et Super Détergent.

Christophe Siébert y décoche des textes intraitables, prémonitoires, noirs et profonds, non exempts de dérision et d'autodérision non plus, comme dans les deux poèmes choisis pages 8 et 43 du dit recueil :

 

Ça va bientôt être la saison des coquelicots, par ici. À moins, je ne sais pas, que le temps pourri d’avril ne leur ait coupé l’herbe sous les pieds.
La meilleure occasion de les observer c’est en allant à Intermarché. Il faut quitter le village, traverser la voie ferrée désaffectée et longer la départementale un moment. La luminosité du ciel au bleu presque blanc, insoutenable, fait éclater le contraste entre le rouge vif des fleurs et le vert tendre de l’herbe. Ça donne envie de s’arrêter de marcher pour laisser les couleurs faire vibrer la rétine. Ça donne envie d’écouter les insectes vrombir et passer les voitures, de se dire que la vie est formidable, d’acheter de la viande et un très bon whisky. Ça donne envie de fumer des cigares après les avoir longuement reniflés. Ça donne envie de marcher sur cette route en faisant comme si elle ne menait nulle part.
Dans d’autres parties du monde il y en a qui bouclent sur leur ventre des ceintures d’explosifs et s’apprêtent à se faire sauter pour démontrer qu’ils ont raison. 
Dans d’autres parties du monde il y en a qui s’interrogent sur ce qu’il est permis d’écrire ou pas en poésie et selon quelles règles ça doit l’être.
Et pendant ce temps, à Intermarché où il va bien falloir se rendre, les caissières à l’horizon bouché par le passage incessant des cons et de leurs tonnes de bouffe ignorent tout des coquelicots et du ciel aveuglant.

 *

Étudier le monde qui s’écroule et se réjouir. Quelque chose dans l’air et dans certains regards, des signes et dans les rues comme un odeur de plastique cramé et d’apocalypse, vous sentez pas ? C’est un peu plus fort chaque jour et nous sommes de sacrés privilégiés d’assister à ce truc, la dernière fois qu’un monde a sombré c’était y a quinze siècles.
Se laisser porter par cette ambiance de haine, cette arrière-plan de rancœur, observer ses poils qui se dressent, l’électricité, la tension qui cherche la note juste, se laisser séduire, apprendre à reconnaitre l’odeur de la colère et celle de la trouille.
Apprendre la méfiance en marchant dans les rues, en montant dans le bus, apprendre la méfiance à minuit dans les gares, apprendre à se tenir à carreau et à baisser les yeux, apprendre l’égoïsme et la lâcheté, se découvrir doué pour ça.
Comprendre au fond de soi que cette fin du monde est une bonne chose, pigé intuitivement qu’on fait partie de l’ancien monde, de ce qui doit être détruit, pigé intuitivement que la force de vie bouillonne chez les barbares, que le sens de l’histoire est dans leur nihilisme, comprendre au fond de soi qu’être périmé dans un monde périmé n’est pas bien grave. Profiter du spectacle. Des flammes à sa fenêtre. Jouir du sang dans les rues. Anticiper le jour où le sien coulera. Se prendre pour Néron. Mais un Néron moderne, un Néron mou et pâle, un Néron avachi qui lit les faits divers, un Néron un peu rance qui lit Télérama.

 

Son dernier livre de nouvelles, Porcherie, est paru chez Les Crocs Électriques début 2017.

Le 22 février dernier, Christophe Siébert était invité sur radio Nova Planet pour parler de son travail et lire des extraits de ce livre. Le PODCAST de l'émission

Le site de Christophe Siébert


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