mercredi 11 octobre 2017

Pauvres Boris Vian et Raymond Queneau !


Ce matin, en préparant une commande poésie dans le cadre professionnel, je découvre que tous les livres de Boris Vian (poèmes, nouvelles et romans) sont tous épuisés en collection 10/18.



Pour les recueils de poésie de Raymond Queneau (mis à part Cent mille milliards de poèmes et La Pléiade, volume 1. à 65 € chez Gallimard), c’est pareil.


« Si tu t’imagines xa va xa va xa… va durer toujours la saison des
z ‘A, Raymond, en poésie, ce que tu te goures… »




Et j'observe dans le même temps que Jean-Pierre Siméon va être publié dans la collection de poche « Poésie Gallimard », le 16 novembre prochain.

Les bras m’en tombent !

Des grands poètes comme Daniel Biga, Pierre Tilman, Jean L’Anselme (1919-2012) (plus de 40 recueils), François de Cornière n’y sont toujours pas, eux !


(Cette liste n'est pas exhaustive. Je vous laisse le soin de compléter la liste des Grands Oubliés, hommes et femmes des XXe et XXIe siècle.)

jeudi 5 octobre 2017

Inédits n°19

de Fanny CHIARELLO, née en 1974 :


fanny chiarello
Médiathèque d'Arnèke, 30 sept. 2017
 (© photo F-X Farine)



           Allocution à ceux de mes proches qui pensent pouvoir me dire qui
je suis, me désigner ma place sur terre et me laisser la vaisselle 

            eh, je ne suis pas une page blanche
            que vous puissiez emplir de vos
            élucubrations
            reposez-moi immédiatement


            Glory

            il fait zéro degré je cours en short
            les gens me regardent parce que je cours en short
            j’existe dans leurs yeux
            je vois leurs yeux entre les cache-nez les chapkas
            je me vois dans leurs yeux je vois mon short
            je le vois comme un plaisantin qui ferait signe
            à la caméra dans un flash spécial derrière
            l’épaule du journaliste compassé
            mon short me fait signe dans les yeux des gens
            je me sens moins seule je me sens divertissante
            un peu
            j’aimerais que les températures soient négatives
            pour exister encore plus en short pour
            qu’on me tende le micro dans sa bonnette de saison
            et si mes poumons gelaient
            comme c’est arrivé à d’autres dit-on
            du moins aurais-je connu la gloire
            en short un court instant


        
            Tondeuse


            quand on est seul

            on peut faire des trous sur le crâne à 23h
 

            avec la musique expérimentale un peu fort et personne ne dit

            que ce n'est pas de la musique

            ni qu'est-ce que c'est que ce trou sur le crâne

            on peut rire et pleurer en même temps sans devoir

            s'en expliquer le chat

            a l'habitude le chat aussi a perdu son compagnon

            le chat est seul aussi maintenant le chat

            comprend peut-être que quand les organes

            explosent et qu'on n'a pas la langue pas

            l'interlocuteur qui parle la langue on n'a d'autre

            choix que de sentir en silence et c'est

            amusant aussi un feu d'artifice solitaire

            à l'intérieur après tout pourquoi

            ne le serait-ce pas ?



(Début 2018, ces textes figureront dans le prochain recueil de Fanny Chiarello.)


Fanny CHIARELLO :
Née en 1974 à Béthune, Fanny Chiarello est lilloise d’adoption. Après avoir vécu à Arras et Liévin.
Elle a été lancée en région, au début des années 2000, par les éditions Page à Page puis a ensuite rejoint les éditions de l’Olivier. Plus connue comme romancière avec une quinzaine de romans adultes et jeunesse à son actif, dont le Prix Orange du Livre 2015 pour Dans son propre rôle, son œuvre poétique mérite tout autant d’être découverte.
Elle a publié deux extra recueils : La fin du chocolat (2006) et Je respire discrètement par le nez (2016) ainsi qu'un recueil de textes courts, Un collier de nouilles (2008) aux éditions des Carnets du Dessert de Lune.
En 2018, Fanny Chiarello publiera son 3e recueil, Un pas de côté, toujours aux éditions des Carnets du Dessert de Lune.
Chaque semaine, dans la banlieue lilloise - le plus souvent dans des petites villes post-industrielles - Fanny Chiarello avale aussi les kilomètres en courant. Munie d'un appareil photo, elle capture alors la poésie et les incongruités insolites de cet environnement de briques et de béton.

Dernières publications :

Romans :
fanny-chiarello-je-respire-discrètement-par-le-nez
Dans son propre rôle (Prix Landerneau Découverte, Prix Orange du Livre), L’Olivier, 2015
Tombeau de Pamela Sauvage, La Contre Allée, 2016 
Le zeppelin, L’Olivier, 2016

Romans jeunesse :
Le blues des petites villes, L’École des Loisirs, 2014
Banale, L’École des Loisirs, 2015
La vitesse sur la peau, Le Rouergue, 2016

Poésie / textes courts :
La fin du chocolat, Carnets du Dessert de Lune, 2005
Collier de nouilles, Carnets du Dessert de Lune, 2008
Je respire discrètement par le nez, Carnets du Dessert de Lune, 2016

Anything goes
, le blog de l'auteure


mardi 3 octobre 2017

Des nouvelles du front

 
Très prochainement, je signe la préface du premier recueil de Marc Guimo, poète quadra. Je suis aussi content que ce dernier de la sortie de sa plaquette Polder n°175 coéditée par la revue Décharge et les éditions Gros Textes.

(Consulter la collection des Polders déjà publiés.)
jack hirschman
Ginsberg, Norse, Hirschman,McClure, Kaufman
San Francisco, 1975. Photo by Diana Church.

Je publie quelques textes dans le prochain numéro n° 157 ou 158 de la revue Bacchanales intitulé « Poésie et Sport ». Cette copieuse revue est éditée depuis plusieurs années par la Maison de la Poésie Rhône-Alpes. On lui doit par exemple la publication de Tout ce qui reste, une anthologie bilingue de Jack Hirschman, un des merveilleux poètes américains vivants.

(Consulter les anciens numéros de Bacchanales.) 

Je remets le nez et les poings dans mes propres textes. N'ayant plus publié de recueil depuis 2016, et ayant surtout beaucoup milité pour les autres poètes, il est temps de revenir à soi-même.
carole fives-françois-xavier farine
Caroles Fives et mézigue (août 2017)

Je me demande enfin si, de temps à autre, je ne vais pas aussi parler des romans, des romanciers et des romancières qui me sont chers sur ce blog... et faire une entorse à ma passion première qu'est la poésie ?

Bé oui, on verra bien...




jeudi 28 septembre 2017

Qui connaît encore Pierre Béarn (1902-2004) ?

Pierre Béarn

En 2002, au Marché de la Poésie de Paris, j'ai rencontré un vieux Monsieur au regard d'acier bleu. Il se tenait seul, derrière un stand, et personne ne semblait plus le connaître.
Il s'agissait pourtant du poète Pierre Béarn.
Âgé de 100 ans, il publiait désormais des recueils de fables aux éditions Éditinter.

Par le passé, ce poète-libraire avait publié plusieurs recueils aux éditions Seghers, connu la confrérie des poètes de son temps comme René Guy Cadou, Paul Éluard ou Henri Pichette, géré seul une revue, La Passerelle, pendant plus de 20 ans et avait été le fondateur du « Mandat des Poètes », prix qui venait en aide aux poètes ou aux écrivains qui étaient dans une situation de détresse financière – comme me l'avait confié Jean L'Anselme.

Pierre Béarn était également le père méconnu du célèbre slogan « métro boulot dodo » de Mai 1968 qui figurait déjà à la dernière strophe de son poème Réveil, extrait de la plaquette Couleurs d'Usine parue en 1951 dans les petits Cahiers Seghers :
Le recueil "Couleurs d'Usine" (1951)

Au déboulé, garçon, pointe ton numéro
pour gagner ainsi le salaire
d'un morne jour utilitaire
Métro, boulot, bistro, mégots, dodo, zéro.


Quelques années plus tard, je découvris, lors d'un récital de poésie
interprété par la poétesse nordiste, Muriel Verstichel, un poème très fort, inédit, de ce même Pierre Béarn qui avait été publié dans Ciel d'Europe, une anthologie de la Maison de la Poésie du Nord/Pas-de-Calais en 2000.

Je ne résiste pas à l'envie de vous faire découvrir ce texte qui aurait pu passer totalement inaperçu et qui reste, aujourd'hui encore, pleinement d'actualité.

Tu n’emporteras rien avec toi

Homme,
qui que tu sois
tu n’emporteras rien
avec toi.

Homme inhumain par habitude
ou par conviction,
Abel façonné par la vie
en Caïn pour les carnages,
quand donc jetteras-tu
tes masques de peinturlures
tes lauriers de prédateur ?

Tu n’emporteras rien
avec toi

Rien n’était urgent dans la vie
mais tu fus toujours pressé d’écraser
quiconque se mouvait dans d’autres couleurs.

Couleurs de peau, couleurs d’idées,
couleurs de tous les drapeaux coupables,
couleur des uniformes truqués.

Tu n’emporteras rien
avec toi


Iraniens, Irakiens, qu’espérez-vous
sur vos champs puants de pétrole ?
Israéliens, Palestiniens,
n’étiez-vous pas du même sang ?

Et vous mes Africains,
mes rois nègres, mes nomades
des sables quadrillés par les Blancs
pourquoi jaillir en ennemis
hors du feu chantant de vos danses ?

Vous n’emporterez rien

avec vous.

Ô mes Peaux-Rouges de l’enfance
mes Arméniens de la vengeance,
peuples bafoués et méprisés
et vous ! coffres-forts de l’aisance
vous n’emporterez rien avec vous.

Est et Ouest dressés
en face à face dérisoire
où donc prenez-vous vos points cardinaux ?

Vous n’emporterez rien avec vous.

Policiers et soldats victimes
des voix de l’anonymat,
peuples mal soumis des usines
et vous, mes clochards de la vie
vous n’emporterez rien avec vous.

Hommes déchirés de races
et de convictions ennemis,
Hommes drogués, saoulés d’argent
dans la fermentation des convoitises,
qui donc pourrait vous pardonner
dans l’au-delà ?

Vous n’emporterez rien avec vous.

Que tu sois né du Christ ou de Lénine
de Mahomet ou de Bouddha
ou d’un ventre mal défini
tu n’emporteras rien
avec toi.


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